Charte Ecoquartier en vue de la labellisation de Pont-de-l’Ane – Monthieu // Intervention d’Olivier Longeon au conseil municipal de St Etienne // 26 novembre 2018
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La charte Ecoquartier pour le quartier de Jacquard est sans doute quelque chose de bien – dans ces délibérations, nous avons les intentions mais pas encore la charte elle-même – Je dis, « pour Jacquard pas de problème ».

Le second quartier que vous nous proposez sous forme d’Ecoquartier est celui du Pont de l’Ane et hélas, pour nous la surprise est assez grande. On peut dire que c’est une urbanisation nouvelle, le quartier ayant été vidé de ses activités par un certain nombre d’acquisitions, de démolitions, l’urbanisation n’était peut-être pas aussi urgente qu’elle apparaît.

Il y a toujours une menace sur ce quartier. Le Pont de l’Ane, dans le sens propre du terme, c’est une gare de marchandises et on espère bien que Saint-Etienne ne la perdra pas parce qu’un jour ou l’autre, avec les contraintes écologiques, le frêt devra continuer et être reporté sur le train.

Une charte Ecoquartier pour un quartier comme celui-ci, pour nous c’est une aberration. Pourquoi ? Parce que le quartier du Pont de l’Ane, vous en conviendrez, est essentiellement composé de surfaces voire de grandes surfaces commerciales. Son développement va nuire au centre-ville même si vous nous dites qu’il s’agit d’une complémentarité, que vous allez ramener des commerçants et que la zone de chalandise va concerner Saint-Etienne, etc… Pour nous, c’est tout de même une mise en danger du centre-ville évidente.

Cette zone périphérique fonctionne presque uniquement avec la voiture, on peut même dire qu’elle en est dépendante et d’immenses surfaces de parkings vont être créées. Vous allez nous dire « On va développer certains transports en commun qui vont passer à cet endroit là ». Développer des transports en commun c’est parfois détourner des lignes existantes comme celle de Terrenoire par exemple et puis on le voit avec IKEA, cette grande surface suédoise de mobilier est obligée de créer son propre transport à base de navettes électriques pour récupérer des clients en centre-ville, il y a donc bien un manque en matière de desserte de transports.

Vous nous aviez dit qu’il y aurait des surfaces de bricolage, des surfaces de design qui n’entreraient pas en concurrence avec le centre-ville. Aujourd’hui on voit, et vous l’avez dit vous même, que certains commerces envisagent d’être à la fois dans le centre-ville et en périphérie pour voir ce qui va tourner le mieux.

Nous sommes dans une compétition avec le centre-ville et, pour nous, c’est préjudiciable car le centre-ville doit être privilégié. J’ajoute d’ailleurs qu’il faudrait avoir une vision globale de toutes les zones commerciales parce qu’Internet est devenu le premier lieu de consommation et le premier lieu en terme de chiffre d’affaires en Rhône-Alpes, chaque jour la part des achats sur Internet progresse ; avec Steel on ne conforte pas le centre-ville mais on fait une multiplication de concurrence entre Internet et Steel.

Pour nous, le label Ecoquartier n’est pas justifié, en plus, en théorie, un Ecoquartier sous-entend des habitants. Le premier Ecoquartier connu est Fribourg dont les habitants ont même participé à l’aménagement, le quartier du Pont de l’Ane comporte peu d’habitants, nous ne voyons donc pas bien la possibilité qu’il devienne un Ecoquartier.

Pour l’écologie au Pont de l’Ane, si nous avons bien compris, il y aura une gestion économe de l’énergie, c’est bien, c’est positif, des plantations d’arbres, c’est bien, c’est positif, des pistes cyclables, c’est bien, c’est positif, de la récupération des eaux par des systèmes innovants, c’est bien, c’est positif mais on a envie de dire que si tous ces projets sont positifs, ils étaient présents sous la municipalité précédente, rue Bergson, pourquoi donc les avoir arrêtés à Bergson ? Pourquoi n’étaient-ils pas bien à Bergson et seraient-ils bien à cet endroit ? Pourquoi Bergson n’aurait-il pas justifié du label Ecoquartier et le Pont de l’Ane oui?

Il y a une sorte de schizophrénie et pour nous il y a même une pointe de « greenwashing » de ce quartier qui ne sera pas vert et ne peut pas l’être. On fait semblant de laver plus vert mais, nous le redisons, l’essence de ce quartier c’est la voiture et pour nous ce système là est dépassé.

Aux Etats-Unis par exemple, des zones périphériques entières sont en train de fermer, on voit les photos en boucle sur internet de ces mails abandonnés. La logique actuelle est de les re-développer en diminuant légèrement la surface et en mettant un peu de loisirs, un peu de tourisme etc… A un moment donné, ce système là ne marche plus.

Il faudrait souhaiter que Steel fonctionne puisqu’il est dans le périmètre de Saint-Etienne mais s’il fonctionne, un autre pôle de Saint-Etienne se cassera la figure et on ne sait pas encore lequel : peut-être l’entrée de Saint-Chamond puisque Leroy-Merlin va s’en aller, peut-être Centre II qui a énormément de mal à se remplir. Il ne faut pas rêver, on ne va pas développer tout azimut ces centres commerciaux et ils ne peuvent pas être des Ecoquartiers, on en a tous conscience parce que les groupes tels que Casino ou Carrefour ont de réelles difficultés économiques, leur modèle s’essoufle. On doit se poser des questions. Heureusement, Casino a peut-être pris le virage avant les autres grâce à sa filiale Cdiscount mais on peut être inquiets sur les développements de ces centres commerciaux et pour nous, en aucun cas le Pont de l’Ane ne peut être un Ecoquartier. De ce fait, nous vous demandons un vote différencié entre Pont de l’Ane et Jacquard

Olivier Longeon, Conseiller municipal Europe Ecologie Les Verts