Centre communal d’action sociale (CCAS) – Intervention au Conseil municipal – 25 novembre 2024
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La délibération que nous votons ce soir propose l’octroi d’une subvention exceptionnelle de 10 000€ au Centre Communal d’Action Social de Saint-Etienne pour la confection de kits d’hygiène et paniers alimentaires à destination d’associations. Les écologistes voteront cette subvention. Néanmoins, nous nous interrogeons sur la politique sociale menée par votre majorité. Certes le CCAS maintient son action. Le Progrès, média local a récemment constaté qu’au cours de vos mandats, la part de la population stéphanoise sous le seuil de pauvreté est passée de 21 à 28%. C’est presque 1 Stéphanois sur 3 qui n’a pas les moyens de finir convenablement son mois. Pour une grande part, c’est même pire, il faut faire le choix entre se chauffer ou manger… Pour les élu·es n’ayant jamais fait partie de votre majorité, vous êtes en grande partie responsable de cette situation.

Nous sommes réunis aujourd’hui dans un contexte préoccupant : l’augmentation de la pauvreté à Saint-Étienne, une réalité que nous ne pouvons et ne devons ni ignorer ni minimiser.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec près de 30 % des Stéphanois vivant sous le seuil de pauvreté, c’est un taux bien supérieur à la moyenne nationale. Ces statistiques ne sont pas abstraites. Elles reflètent la vie de milliers de nos concitoyens.

En tant qu’élu·es, nous avons le devoir d’agir face à cette urgence sociale, car laisser s’aggraver ces inégalités, c’est compromettre la cohésion de notre ville et l’avenir de ses habitants.

Certes, le contexte actuel de crise énergétique exacerbe les fragilités sociales. Avec des factures d’électricité et de gaz qui explosent, de nombreuses familles stéphanoises n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins essentiels.

Saint-Étienne est particulièrement vulnérable du fait de la précarité énergétique :

  • Une grande partie de nos logements sont mal isolés, en particulier dans les quartiers anciens comme Beaubrun-Tarentaize ou Châteaucreux, mais nous connaissons aussi beaucoup de copropriétés des années 60 et 70 fortement dégradées.
  • Les aides, qu’elles viennent de l’État ou de la Ville, peinent à toucher toutes les personnes concernées.

Les écologistes demandent régulièrement un renforcement des programmes de rénovation thermique, en mobilisant les financements disponibles, et en priorisant les foyers les plus modestes. Cela permettra de lutter efficacement contre la précarité énergétique tout en réduisant l’impact environnemental de nos bâtiments mais aussi en apportant une amélioration du reste-à-vivre des habitantes et des habitants.

La pauvreté se manifeste de multiples façons dans notre ville :

  • Les files d’attente dans les associations caritatives, comme les Restos du Cœur, le Secours Populaire, les Brigades de Solidarité ou la Banque alimentaire, s’allongent chaque semaine.
  • Les enfants en situation de précarité représentent une part importante des élèves dans nos écoles. Beaucoup d’entre eux arrivent le matin sans avoir pris de petit-déjeuner, ce qui impacte leur capacité à apprendre.
  • Les personnes isolées, notamment les seniors, sont de plus en plus touchées par cette pauvreté silencieuse. Même certains qui sont propriétaires n’arrivent plus à entretenir leur bien ou à régler les charges de Syndic, et de nombreuses copropriétés s’en trouvent fragilisées

Nous proposons par exemple que la ville s’inscrive dans le dispositif Territoire Zéro Non Recours au Droit car encore trop de nos concitoyennes et concitoyens ne demandent pas toutes les aides qui leur permettraient au moins de se sortir un peu plus la tête de l’eau. La Ricamarie s’y est engagée, nous devons aussi le faire.

Au-delà de l’urgence, nous devons mettre en place des politiques qui s’attaquent aux causes structurelles de la pauvreté.

  • Saint-Étienne a besoin de redynamiser son économie locale, en favorisant la création d’emplois durables dans des secteurs porteurs comme la rénovation écologique, l’agriculture urbaine, les mobilités douces, les énergies nouvelles.
  • Nous devons mieux accompagner les jeunes, dont beaucoup quittent notre ville faute de perspectives. Pour cela, il est essentiel d’investir dans la formation et l’accès à des emplois adaptés.

Face à l’augmentation de la pauvreté, il est impératif de repenser nos priorités budgétaires. Nous devons :

  • Réaffecter davantage de moyens vers des politiques sociales ambitieuses, en priorisant les plus vulnérables.
  • Garantir l’accès à des services publics de qualité, notamment en matière de santé, d’éducation et de transports, pour ne laisser aucun Stéphanois sur le bord de la route.

Nous pourrions innover et inventer des solutions avec les Stéphanoises et les Stéphanois si la Ville s’engageait dans une démarche de budget participatif, en intégrant directement les habitants dans les décisions sur les projets à financer, notamment dans les quartiers les plus touchés.

L’augmentation de la pauvreté ne doit pas rester une fatalité. Elle est aussi le résultat de vos choix politiques. Par exemple, en matière immobilière vous avez trop fait appel aux investisseurs lointains qui chassent surtout la rentabilité et le gain sur le loyer assuré par des allocations, sans se soucier de faire vivre la ville.
Nous voulons que Saint-Étienne reste une ville où chacun a sa place, où personne ne doit avoir à choisir entre sa dignité et sa survie.

Julie Tokhi, conseillère municipale écologiste de Saint-Etienne