Budget 2024 de la Métropole – Intervention au conseil de Métropole – 28 mars 2024
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Le budget qui vient de nous être présenté est le premier a porté les stigmates d’un dysfonctionnement structurel grave de notre collectivité.

 Le maire de St Étienne, qui s’est mis unilatéralement, « en retrait total » de la métropole, sans que l’on sache vraiment à quoi cela puisse véritablement correspondre, mobilise, comme vous les services administratifs mutualisés entre la mairie de St Étienne et la Métropole. 

Nous avions évoqué en son temps les difficultés qui pouvaient apparaître au cas où le maire de St Étienne et le Président de notre collectivité ne serait pas la même personne. L’hypothèse, à l’époque, avait fait sourire.

Aujourd’hui, c’est le cas, et le débat houleux au sein du bureau, concernant le destin de la future patinoire dit assez dans quelle situation délicate peuvent se trouver des services soumis aux injonctions paradoxales de deux fortes personnalités aujourd’hui opposées !

Le débat autour de la construction de la patinoire illustre à merveille mon propos. Les services financiers doivent à la fois produire un argumentaire pour étayer le maintien d’une opération importante d’investissement, et en même temps explorer les pistes permettant, dans les meilleures conditions, de réorienter cette dépense vers d’autres projets.

Cette question qui n’est apparemment pas tranchée, se poursuit pour savoir si persévérer dans une décision prise dans un contexte totalement différent est pertinent ou non. Pour nous il est évident que non. Il faut faire marche arrière avant de créer de l’irréversible, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. (La distinction entre Autorisations de programme et Crédits de paiement est essentiel à cet égard !).

On peut et on doit réorienter des dépenses quand leur objet est devenu trop coûteux, voire totalement incongru. C’est un devoir de vigilance. La prise en compte de la réalité, aussi changeante soit-elle est la seule garantie de la pertinence de nos décisions.

L’argument qui voudrait mettre en évidence que l’abandon de la construction serait trop dispendieux ne tient pas.  Il gomme totalement les coûts prohibitifs de fonctionnement d’un tel équipement, et surtout efface d’autres priorités autrement plus utiles pour le futur de notre métropole. Citons le développement de réseaux de chaleur, le développement du réseau de transports en commun, la production d’énergies renouvelables (éoliennes et panneaux photovoltaïques), le développement d’une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement, etc., …

Toutes choses que la mise en place d’une comptabilité verte, appelée de nos vœux depuis le début du mandat, aurait mise en évidence de manière flagrante. Son adoption, rendue obligatoire aujourd’hui,  va permettre d’arbitrer en prenant en compte les dimensions sociales et environnementales des choix budgétaires à réaliser. Il s’agit de savoir en quoi les investissements d’aujourd’hui n’insulteront pas l’avenir. A cet égard, et sans surprise, la construction d’une patinoire ne semble pas pertinente, pour le moins.

Ne nous entêtons pas à vouloir hypothéquer l’avenir par des dépenses qui contribuent à le rendre plus incertaine et aléatoire qu’il n’est déjà. Le réchauffement climatique est là. Il nous oblige à anticiper un futur où les températures seront beaucoup plus élevées, où l’approvisionnement en eau sera soumis à d’énormes difficultés où il nous faudra apprendre à vivre autrement. Cela c’est la réalité d’aujourd’hui, celle avec il faut composer.

Certaines de nos communes sont alimentées en eau par des camions citernes, des personnes vulnérables doivent être regroupées dans des salles de fraîcheur. Alors, dans ce contexte, vouloir construire une patinoire c’est indécent et inopportun. Il y a bien mieux à faire !

Pour le reste, nous avons été, comme à l’accoutumée, abreuvés de chiffres.  Des chiffres présentés sans que l’on puisse, faute d’une évaluation de nos politiques, en apprécier la pertinence et la réelle opportunité.  Comment savoir si l’investissement dans les transports est efficace sans connaître le nombre de kilomètres passagers parcourus, et surtout son évolution.

Ce qu’il faut, c’est que chaque nouvelle politique soit jugée à l’aune des résultats qu’elle produit, pour la conforter, la modifier ou même l’abandonner, le cas échéant.

Le lancement, d’un projet, d’une politique doit être concomitant à la fixation d’objectifs chiffrés et à la définition d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs en permettant le suivi.

Rien n’est pire que de ne pas savoir et ne pas pouvoir rendre compte de ce qui est fait, pour qui et pourquoi !  La volonté de rendre transparentes nos décisions, et leurs motivations, doit être un levier pour que nos concitoyen·nes et concitoyens réinvestissent la politique.

Nous demandons que l’on se dote des moyens nécessaires pour que l’on puisse anticiper. Ne pas injurier l’avenir et le rendre plus humain pour chacune et chacun de nos concitoyens et concitoyennes.

Pour illustrer notre propos, il nous semble que la démarche bâtie autour du PAT est emblématique et exemplaire dans le domaine de l’alimentation. Elle associe les habitantes et habitants et a toujours pris en compte les avis de toutes les parties prenantes. Changer de paradigme, de façon de penser pour s’adapter le plus vite que possible à un environnement en pleine mutation n’est pas chose aisée. Et pourtant c’est vital et indispensable. Considéré comme le parent pauvre du pacte financier et fiscal 2021-2026 avec 3,4 millions d’euros soit 0, 25 % des 1, 256 milliard budgété, son allocation de ressources doit être reconsidérée. On ne parle pas là de loisir mais de nourriture à produire devant conduire à une relative autonomie du territoire dans ce domaine. Et on comprend que la sécurisation de l’approvisionnement en eau soit vitale pour ce faire.

Il n’est plus temps de faire comme avant, il faut changer notre manière de décider et d’allouer nos ressources qui ne sont pas extensibles. Il faut faire des choix et prioriser nos dépenses. . Il faut apprendre à vivre et produire autrement, à intégrer d’autres critères que ceux quantifiés seulement en termes monétaires et financiers.

Vous l’aurez compris, en l’état nous nous abstiendrons ce budget. Nous demandons à ce que très vite soit intégré à la construction budgétaire les apports du budget vert pour pouvoir allouer les ressources financières de plus en plus rares au niveau adéquat et dans des secteurs stratégiques, en se donnant les moyens d’en évaluer réellement la pertinence.

Jean Duverger, Conseiller Génération Écologie de Saint-Etienne Métropole